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J’élève seule mes enfants
un combat pour le bonheur

Divorcées ou veuves, elles élèvent seules leurs enfants. dans une algérie qui accepte encore mal ces statuts hors normes, elles se démènent chaque jour pour offrir éducation, confort et amour à leurs enfants. retour sur ces femmes «courage».

Par Lydia Boukazia

Chaque matin, après avoir déposé ses deux flles à l’école, Samira, 35 ans, rejoint son poste de travail, elle est femme de ménage. Répudiée par son mari, sa famille, laquelle vit déjà à neuf dans un deux pièces, ne peut la prendre en charge avec ses enfants. Elle se retrouve à la rue et décide de s’installer à Alger, pensant naïvement que la vie y serait plus simple. Depuis deux ans, elle vit de petits boulots et de la générosité de ses voisins. «Chaque soir, je pleure en regardant mes enfants, j’ai peur de ne pas être à la hauteur, je  me dis qu’elles n’ont pas de père pour les protéger. J’aimerais pouvoir les gâter mais la vie est chère, alors je leur parle et elles comprennent. Je leur dis que ce qui compte, c’est qu’elles réussissent leurs études pour nous sortir de la misère. Leur père ne m’a jamais envoyé un sou et pourtant, je ne les ai pas faites toute seule mes flles !». Samira, une victime de plus du code de la famille. Bien qu’aucune statistique exacte n’existe la société a l g é r i e n n e dénombre de plus en plus de femmes élevant seules leurs enfants. Auparavant, il n’y avait que les veuves qui se trouvaient dans ce cas, lorsque de rares fois elles ne se remariaient pas. Aujourd’hui, les profls ont changé. Bien que les avortements soient devenus monnaie courante, certaines vaillantes décident de garder leur enfant né d’une «bêtise». D’autres femmes frappées par le sort perdent leur bien-aimé de façon soudaine (maladie, accident…), et bien entendu pour une grande partie, il y a les enfants du divorce.

Combat de femmes dans un monde d’hommes
«Ce qu’il y a de plus énervant, c’est le jugement des autres», raconte Souhila,  38 ans, veuve et mère de trois enfants. «Je ne supporte pas le regard de pitié de certaines personnes, je refuse que l’on dise de moi ou de mes enfants meskina et le pire, ce sont eux qui insistent pour que je me remarie, pensant que l’on ne peut pas se débrouiller sans homme !». En efet, la société algérienne n’est pas prête à accepter qu’une femme vive seule, si elle n’a plus de mari, elle doit rentrer chez ses parents, une femme sans mouharem n’est pas acceptable. «J’ai gardé mon appartement malgré les médisances de certaines personnes qui pensent que j’en profte pour faire les  400 coups comme ils disent !». On la peine, on la critique, on la félicite, on la surveille, la f e m m e  s a n s  m a r i  n e  l a i s s e  p a s  i n d i f é r e n t . Gérer le plan fnancier, les crises d’adolescence, l’éducation, les études, inculquer des valeurs morales aux enfants n’est pas une mince afaire lorsque l’on est seule. Le modèle masculin est essentiel pour un garçon, l’autorité dans le couple est souvent représentée par le père, les tâches administratives souvent à la charge du mari, mais lorsque le père n’est pas là, du coup, c’est à la femme de tout gérer. Elle se retrouve à porter deux casquettes : mère et père à la fois. «C’est un choix que j’ai fait de ne pas me remarier et je l’assume. Je sais pertinemment que je ne trouverai jamais un homme qui aimera mes enfants comme si c’était les siens, tant pis pour ma vie de femme, je suis mère avant tout», explique Souhila. Comme si toutes les responsabilités n’étaient pas sufsantes, la mère joue aussi le rôle de psychologue, car combler et justifer le manque de père est aussi de son ressort. Respecter la mémoire du père défunt, ne pas transmettre la rancœur envers le père absent, communiquer et rassurer ses enfants de façon à ce qu’ils grandissent sans un manque, fait aussi partie du quotidien de la mère célibataire.

Un combat de tous les jours
«Un jour, mon fls s’est battu à l’école, j’ai été convoquée au bureau du directeur. Le père de l’autre garçon était aussi présent et avant que je ne prenne la parole, il m’arrête net et me dit froidement qu’il n’a rien à me dire mais qu’il veut parler au père. Je lui réponds sèchement que c’était moi le père, et là, j’ai eu droit à un discours sur les femmes qui se prennent pour des hommes. Il est sorti du bureau,hurlant que si mon fls était mal élevé,c’est parce qu’il était éduqué par une femme !», raconte Souhila. Chaque jour est un combat pour la mère célibataire, elle est sur tous les fronts pour le bonheur de ses enfants. Bien que le regard des autres soit lourd à porter, la difculté principale reste la situation fnancière. Qu’elle vive seule ou qu’elle soit retournée chez ses parents, les dépenses pour un enfant sont conséquentes. Vêtements, rentrée scolaire, médecin, etc…, pour les femmes qui travaillent, la situation est plus gérable, pour les autres, c’est le système D. Pour chaque femme, le cas est diférent ; certaines bénéfcient d’une petite pension alimentaire rarement sufsante pour couvrir les principales dépenses, d’autres touchent une pension du défunt et les plus modestes vivent aux crochets de la famille, des aides d’associations ou de la mairie. Panier repas pour le Ramadhan, tablier pour la rentrée scolaire, certaines femmes trop fères refusent ce qu’elles considèrent comme une aumône. «A chaque Aïd, rentrée scolaire ou anniversaire, je suis triste car j’aimerais tellement ofrir de belles choses à mes flles. Heureusement, il y a les stocks américains, on y trouve des paires de chaussures presque neuves pour 50 DA». Malgré les difcultés de la vie quotidienne, ces mères célibataires se battent, au prix de nombreux sacrifces, pour ofrir un bel avenir à leurs enfants. Dans une Algérie où le social n’est pas la priorité et où le courage de la femme est encore dénigré, elles ont encore un long chemin devant elles avant de trouver leur place.

A U   S O M M A I R E

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